DISCUSSION
AVEC
BRUNO RIGUTTO
pour le n°19 de Pianiste
Biographie de Bruno Rigutto
Bruno Rigutto a étudié le piano au CNSM de Paris dans la
classe de Lucette Descaves, la musique de chambre avec Jean Hubeau, la
composition et la direction d'orchestre. Il eut également la chance
d'être, pendant dix ans, l'un des rares disciples de Samson François.
Lauréat des Concours Marguerite-Long à Paris et Tchaikowsky
à Moscou, Bruno Rigutto
a débuté très tôt sa carrière internationale,
invité par les plus grands chefs : C.M. Giulini, L.Maazel, G.Prêtre,
S.Skrowaczewski, K.Masur, S.Macal, S.Baudo, etc. Il est également
le soliste d'orchestres prestigieux tels que le Concertgebouw d'Amsterdam,
l'Orchestre de Cleveland, l'Orchestre de Paris, le Royal Liverpool Orchestra,
l'English Chamber Orchestra, le Japan Philharmonic Orchestra, la NHK de
Tokyo, l'orchestre de la Santa Caecilia de Rome, les orchestres de Barcelone,
Madrid, Leningrad, Monte-Carlo, l'Orchestre de la Fondation Gulbenkian,
etc.
Bruno Rigutto se consacre par ailleurs à la musique de chambre,
au travers de laquelle il puise la substance nécessaire à
ses recherches. Ses partenaires sont Isaac Stern, Jean-Pierre Wallez,
Pierre Amoyal, Raphaël Oleg, Patrice Fontanarosa,
Brigitte Engerer, Olivier Cherlier, Barbara Hendricks, Michel Portal,
Mstislav Rostropovich, Arto Noras, Yo Yo Ma, etc.
Il a enregistré pour Decca, EMI, Forlane, Denon, Lyrinx, et a obtenu
plusieurs Grands Prix du Disque.
Chef d'orchestre depuis 1984, Bruno Rigutto a également composé
plusieurs musiques de scènes et de films. Il enseigne au CNSM de
Paris où il a succédé à Aldo Ciccolini.
<RIGUTTO>
Bonjour! <Un Abonné> Pour fortifier
les 5ème doigts que conseillez-vous ? <RIGUTTO> Je vous conseille d'acheter les 1er et
2ème volumes de la technique journalière (titre en italien)
édition Ricordi de Ettore Pozzoli. Vous pouvez également
reprendre les exercices parus dans le n°19 avec les 4 et 5èmes
doigts <Un Abonné> Que pensez-vous
des personnes qui ne commencent pas très tôt le piano, il
paraît que nous avons les limites que nous nous fixons est-ce vrai
? :-) <RIGUTTO> Cela dépend de la vivacité
de leur mental, de leur souplesse physique ... et de la qualité
de leur oreille musicale <Un Abonné> A quelle vitesse
de métronome conseillez vous le Liszt ? <RIGUTTO> 80 environ à la noire <Un Abonné> Et le Brahms
? <RIGUTTO> 80 également <Un Abonné>
La variation 1 me parait + difficile que le thème ! <RIGUTTO> Elle n'est pas plus difficile, son écriture
est plus fournie, plus de détails d'accentuation. Son caractère
est plus difficile, mais qui dit variation dit imagination <Un Abonné> Dans le Liszt
mesure 12 si on ne peut pas tenir le do#(blanche) 3ème temps avec
l'accord suivant (noir), à cause du mi#, faut-il s'aider de la
pédale ? <RIGUTTO> La pédale tient le do#, pédale
pour la mesure entière <Un Abonné> Je n'ai pas
l'imagination lorsque j'en suis au déchiffrage. Est-ce normal ? <RIGUTTO> Il faut tout d'abord déchiffrer
même lentement mains ensemble. Mais le déchiffrage c'est
comme découvrir un paysage, c'est le meilleur moment pour appréhender
une oeuvre <Un Abonné> Pour lier mélodiquement
les accords avec des petites mains, peut-on s'aider de la pédale
? <RIGUTTO> Oui! Beaucoup de grands artistes ont
de petites mains, par exemple : Pires, Haskil .... <Un Abonné> Et les petites
mains se déplacent-elle plus vite, mouvements du poignet + prononcés
? <RIGUTTO> La vivacité est affaire de réflexes <Un Abonné> Avant de déchiffrer
"ensemble", je déchiffre chaque main séparément.
Est-ce correct ? <RIGUTTO> Tout dépend de la difficulté
du texte. Mais généralement très lentement on peut
déchiffrer mains ensemble <Un Abonné> Pour la valse
de Chopin par exemple <RIGUTTO> Evidemment mains ensemble. Sinon où
est le plaisir ? :) <Un Abonné> Une fois le
premier déchiffrage fait, faut-il travailler les mains séparées
pour certains passages difficiles ou tout un morceau avec métronome?
Que conseillez-vous comme méthode de travail? <RIGUTTO> Il faut travailler mains séparées
quelques détails quand il y a une grosse difficulté. Par
contre il ne faut jamais travailler au métronome, mais seulement
vérifier un tempo avec cet horrible instrument ! <Un Abonné> D'accord avec
vous sur le métronome :-) mais ne peut-il pas être utile
pour mettre en place un morceau lentement et monter progressivement le
tempo jusqu'à atteindre le bon tempo ? <RIGUTTO> Non ! Le métronome raidit le jeu,
il empêche de respirer. On peut monter progressivement un tempo
avec sa propre pulsation. Un exemple: les jazzmen n'utilisent jamais le
métronome et pourtant ils ont plus le sens du rythme que quiconque <Un Abonné>
Bien d'accord avec votre analyse sur le métronome. Je m'en sers
seulement lorsque j'écoute un CD pour connaître le tempo. <RIGUTTO> Oui pourquoi pas <Un Abonné>
Super! :-) Merci en travaillant seule j'avais tendance à laisser
le métronome mais en suivant des cours il était devenu un
outil indispensable. Je travaille sans métronome, vous confirmez
que c'est bien. <Un Abonné> En revenant
à la technique, le doigté peut-il être adapté
? <RIGUTTO> Le doigté dépend de la
nature de la main, il peut donc être adapté selon votre morphologie <Un Abonné> Donc si on
a des faiblesses avec les 5ème doigts on peut toujours s'arranger
du moment que ça passe ? <RIGUTTO> Un pianiste ne peut être infirme
de son 5ème doigt! courage :) <Un Abonné>
DUR DUR pour moi !! J’espérai un petit encouragement pour
m'en passer ! <Un Abonné> Bonjour, j'ai 42
ans et je débute. Est-ce possible d'apprendre à mon
âge ? <RIGUTTO> La musique n'appartient pas seulement
aux professionnels. À partir du moment où vous avez envie
de progresser vous obtiendrez toujours un résultat <Un Abonné> Combien de
temps minimum conseillez de travail par jour (globalement)? Quelle est
la part entre les exercices techniques, déchiffrage, interprétation,
etc… ? <RIGUTTO> Un max d'1h de technique par jour me
parait suffisant. Cela dépend de votre temps. C'est très
difficile de quantifier le travail <Un Abonné> L'essentiel
n'est-il pas de se faire plaisir ? J'ai un gros problème : je suis
incapable de jouer devant quelqu'un. Je perds tous mes moyens et ma concentration.
Que puis-je faire pour remédier à la chose? <RIGUTTO> Jouez plus souvent devant vos amis .... <Un Abonné>
Mais ils se lassent d'entendre des canards. Mes enfants ferment les portes
et s'enfuient en courant .Quelle horreur ! <RIGUTTO> Au moins, vous avez la paix pour travailler
!!! <Un Abonné>
C'est vrai que c’est un avantage. Pour que ma fille rentre chez
elle le dimanche soir j'ouvre le piano. Non c’est pour rire .Quoique
!!!! <RIGUTTO> :) <Un Abonné>
Les seules choses que je peux jouer devant d'autres sont celles que j'ai
mémorisées et que je peux jouer sans partition, c.a.d. pas
grand chose. <Un Abonné>Je
pense le jouer correctement, la seule chose est la mémorisation
des morceaux et sans la partoche, au bout de plusieurs mois, on oublie. <Un Abonné>
Faut sans cesse recommencer, même les morceaux que l'on a faits
il y a longtemps, il faut les reprendre. Ce qui fait que l'on a l'impression
de ne pas avancer. <RIGUTTO> Une fois qu'une oeuvre est mémorisée
harmoniquement, ça ne s'oublie pas <Un Abonné> Puis-je jouer
des morceaux plus difficiles que mon niveau actuel c'est à dire
semi débutant sans passer par des phases d'apprentissage du solfège
? <RIGUTTO> Non! Le solfège est la base élémentaire
pour pouvoir jouer correctement quelque chose <Un Abonné> Pour en revenir
à l'utilisation de la pédale pour s'aider à lier
des accords larges avec de petites mains, comment faire pour que l'harmonie
ne se transforme pas en bouillie mélodique? :-) <RIGUTTO> Si vous changez correctement la pédale
à chaque harmonie, ça ne fait pas de bouillie <Un Abonné> J'ai l'impression
d'utiliser la pédale de façon intuitive plutôt que
de suivre les rares indications écrites. Correct ou pas ? <RIGUTTO> L'oreille est votre meilleur guide mais
vous devez comprendre pourquoi vous mettez la pédale sur une harmonie
plutôt qu'une autre <Un Abonné> Combien de
temps, selon vous, faut-il faire de piano par jour pour persévérer
? <RIGUTTO> Il faut être patient et ne pas
chercher à assimiler trop d'oeuvres à la fois. Qui va piano
va sano e lontano ! <Un Abonné>
Mais je sais qu'il y a plein d'oeuvres qui me sont inaccessibles. Même
si je me dis que le répertoire que je peux étudier est très
riche. <Un Abonné> Les gammes
sont barbares, non ? <RIGUTTO> Vous allez travailler une étude
de Liszt qui s'appelle "les gammes" dans les études d'après
les caprices de Paganini et vous verrez que les gammes ne sont pas barbares <Un Abonné> Vous pensez
qu'un amateur peut s'attaquer à Liszt ? <RIGUTTO> Oui! Rêve d'Amour par exemple… <Un Abonné>
Le morceau est dans un précédent n° de Pianiste. Dommage
il n'y avait pas les cours en ligne à l'époque ! <RIGUTTO> ou La Gondole Lugubre, Consolations...
Liszt n'a pas écrit que des oeuvres de virtuosité <Un Abonné> Dans le Liszt
(mesures 16 et 18) comment faire les notes pointées et la liaison
mélodique ? <RIGUTTO> Le point signifie portando, soulevé
si vous préférez. Mais ce n'est pas staccato <Un Abonné>
J'ai un a priori sur Liszt comme sur Chopin, mais j'ai été
ravi de travailler la Valse qui paraît accessible, même si
je l'écorche encore pas mal. <Un Abonné> Y a-t-il un
truc ou une méthode pour travailler le legato qui semble une des
plus grandes difficultés du piano ? <RIGUTTO> Nikita Magaloff disait qu'il faut lier
les sons entre eux <Un Abonné> J'ai
ressenti cette difficulté dans les phrasés de la Valse. <RIGUTTO> Vous devez utiliser la souplesse de votre
poignet pour conduire chaque phrasé sans heurts <Un Abonné>
C'est bien ce que j'avais retenu de votre cours, mais j'ai quand même
du mal à assurer un liant, surtout quand il y a des passages de
pouce et des doubles croches <Un Abonné> Est-il nécessaire
(ou même obligatoire) de travailler une partition en dehors du clavier?
<RIGUTTO> Oui ce sont deux possibilités
de travail différentes qui peuvent s'ajouter <Un Abonné> Comment fait-on
pour travailler hors clavier ? <RIGUTTO> On peut se chanter dans sa tête
la partition, se concentrer sur les détails, les nuances, sur la
forme… C'est comme apprendre une pièce de théâtre <Un Abonné> Pouvez-vous
nous dire quelque chose sur l'improvisation ? Ça m'arrive souvent
de dérailler là-dessus quand je fatigue sur les partitions.
J'ai l'impression de manquer de concentration quand je fais ça,
mais j'ai lu (dans P.M.) que c'était bénéfique <RIGUTTO> C'est la chose la plus créative
qui soit et chaque pianiste devrait improviser <Un Abonné> Comment travailler
une sonate complète? ou tout morceau long, faut-il acquérir
un mouvement et passer au suivant ou vaut-il mieux les travailler tous
en parallèle ? <RIGUTTO> Je vous conseille de travailler mouvement
par mouvement mais cela dépend également de votre capacité
d'assimilation <Un Abonné> Je reviens
au Brahms mesure 1 le trille est: do-ré-do-ré , pourquoi
sur la mesure 4 est-ce mi-ré-mi-ré et non en montant comme
la précédente ? Et donc à la mesure 3 est-ce mi-fa-mi-fa
ou mi-ré-mi-ré ? <RIGUTTO> Alors sur le Brahms, mesure 4 compte
tenu de la mélodie, on commence le trille par la note supérieure <Un Abonné> Donc à
la 2eme mesure c ré-mi-ré-mi ? <RIGUTTO> Non ! C'est do-ré-do-ré,
comme à la 1ere mesure <Un Abonné> Et la 3eme
? <RIGUTTO> Mi-fa-mi-fa <Un Abonné>
Ok <RIGUTTO> Voila! Merci pour vos questions <RIGUTTO> A la prochaine! <Un Abonné>
Au revoir et merci pour votre aide
Discussion
en direct avec Bruno Rigutto (Avril 2003)