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DISCUSSION AVEC
JACQUES ROUVIER
pour le n° 21 de Pianiste

Biographie de Jacques Rouvier

Né en 1947 à Marseille, Jacques Rouvier, fut élève de Vlado Perlemuter, Pierre Sancan, Jean Fassina et Jean Hubeau. Il remporta les premiers prix de piano et de musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Paris en 1965 et 1967.

Musicien virtuose et profond, il se vit couronné de nombreux prix internationaux : Viotti à Verceli, Maria Canals à Barcelone, Marguerite Long-Jacques Thibaud, Fondation de la Vocation. Il fonde en 1970 le trio Rouvier-Kantorow-Muller, avec lequel il se produit toujours régulièrement.

Pédagogue éminent, il est nommé professeur de piano au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1979 et se trouve alors invité régulièrement à des Master-Classes dans le monde entier : Montréal, Vancouver, Tokyo, Cleveland, Madrid, Berlin, Dresden, Amsterdam, Académies internationales de musique de Flaine, Nice, Prades, Courchevel, Maurice Ravel, Hamamatsu Music Session.

La parution de ses enregistrements sur disques fut toujours chaudement accueillie et souvent récompensée (Grands Prix du Disque). Il donne des concerts en France et à l’étranger depuis trente ans avec toujours autant de succès et de bonheur.
Le rayonnement artistique de Jacques Rouvier est le fidèle reflet de sa riche personnalité ; son instinct musical, son imagination poétique puissante et émouvante, sa parfaite connaissance du répertoire sont loués par la critique internationale.

 

discussion en direct avec Bruno Rigutto

 


<Un Abonné> Un grand merci à Jacques Rouvier pour la qualité des cours
<ROUVIER> Merci. Bonjour à tous
<ROUVIER> je suis prêt à répondre à vos questions
<Un Abonné> Merci d'être présent pour cette discussion
<Un Abonné> Comment percevez-vous votre participation à des cours en ligne, sans contact direct avec des élèves ?
<ROUVIER> C'est clair que pour moi le contact direct est une notion extrêmement importante dans la pédagogie et irremplaçable, donc ma perception est: un peu étrange d'une part et d'autre part elle peut tout de même se concevoir par rapport à l'exercice auquel j'ai participé en préparant ces cours. Ce sont des conseils qui peuvent s'adapter à beaucoup de pianistes et pas nécessairement à des débutants.
<Un Abonné> Avez-vous peut-être le sentiment de ne pas avoir de retour sur les conseils donnés. Vos élèves en profitent-ils ?
<ROUVIER> Ce sont des conseils que je donne pour une grande majorité à mes élèves réguliers du conservatoire et donc quelque part je fais confiance au récepteur pour en tirer le meilleur parti. Je n'ai pas un sentiment de trop grande frustration de ne pas savoir comment ces conseils sont utilisés. C'est un enseignement partiel c'est clair, il est évident que je souhaiterais parler de la tenue de la main, de la position des bras et de l'esthétique physique. Mais ça demanderait une approche plus approfondie.
<Un Abonné> Pourquoi ne pas avoir choisi L’heure tranquille de Chostakovitch, à cause du compositeur ?
<ROUVIER> J'ai volontairement ignoré cette pièce que j'ai trouvé un peu simpliste et un peu faible musicalement, bien qu'ayant une passion pour Chostakovitch
<Un Abonné> J'ai eu beaucoup de plaisir à déchiffrer l'heure tranquille, peut-être parce qu'elle est adaptée à mon niveau, mais aussi parce qu'elle possède l'âme russe, même si elle est simple(iste)
<Un Abonné> Etes-vous pour l'étude journalière des gammes ?
<ROUVIER> Pas forcément, je préconise un peu ce que dit Cortot: lorsqu'il parle de la difficulté intrinsèque d'une formule pianistique et je préfère donc travailler la difficulté dans le contexte musical dans lequel elle est incluse. Ceci étant dit, on peut bien sur travailler des gammes mais en oubliant le mot "gamme" et en faire des mélodies très phrasées, très chantées avec des nuances et des couleurs à la libre fantaisie de chacun.
<Un Abonné> A part les gammes que pensez vous des exercices d'I. Philipp par exemple
<ROUVIER> Je ne peux pas avoir une pensée absolutiste. Si vous avez des problèmes d'indépendance des doigts, faites les exercices de tenues de Philipp mais je ne conseillerais pas ça systématiquement à tout le monde
<Un Abonné> Qu'elle est la part de la technique et des morceaux travaillés dans le travail quotidien?
<ROUVIER> La technique ne peut être qu'un moyen pour exprimer mieux ce qu'on a dans le cœur. Je précise que pour moi le mot technique inclut absolument l'expression, la sonorité, le phrasé et que je ne le dissocie quasiment jamais de la musique. La partie exercice pur dans mon esprit prendrait volontiers le terme de mécanique, sans qu'il soit pour autant péjoratif
<Un Abonné> Justement! Vaut-il mieux consacrer plus de temps à travailler l'expression des morceaux ou plutôt favoriser la technique c'est à dire travailler l'aisance au clavier de manière générale ?
<ROUVIER> Essayez de ne pas dissocier les deux
<Un Abonné> Est-ce que des élèves de "haut" niveau ont besoin de travailler la technique comme un élève "moyen" ?
<ROUVIER> Bien sur ! dans la mesure où la technique est partie intégrante de l'expression
<Un Abonné> d'accord, il faut travailler l'expression dans la technique, comme il faut travailler la technique dans certains passages des morceaux, c'est ça ?
<ROUVIER> Oui, je crois que vous avez compris ce que j'ai voulu exprimer
<Un Abonné> François-René Duchable dans les DVD concertos de Beethoven, raconte que certains pianistes travaillent la technique en lisant ou en regardant la télé!?!
<ROUVIER> Concernant Francois-René Duchable et ses appréciations et autres actions liées au piano, j'ai simplement à dire que mes disques se vendent très bien et que je n'ai pas besoin d'un coup de pub supplémentaire !
<Un Abonné> Je crois que même en travaillant la technique, il est nécessaire de rester concentré et à l'écoute pour être efficace, non:-))
<ROUVIER> Tout à fait juste
<Un Abonné> Quels conseils donneriez vous pour le déchiffrage d'un morceau : comment acquérir de l'aisance dans la lecture ? Doit-on travailler chaque main séparément ou simultanément?...
<ROUVIER> Concernant le déchiffrage, travaillez bien sur les mains ensemble, lisez des oeuvres pas trop difficiles dans un premier temps en ayant soin de prendre quelques instants pour regarder les indications importantes de la partition: l'armure, l'indication de caractère ou de tempo, les éventuels changements de tempo ou d'armure, les points d'orgue etc… Si vous n'êtes pas encore très fort, abordez la pièce dans un tempo relativement lent et ne lâchez jamais votre main gauche
<Un Abonné> Avez-vous des "trucs" ou des conseils pour mémoriser un morceau?
<ROUVIER> Oui! Essayez de repérer des formules rythmiques identiques dans la pièce, essayez de lire d'abord la partition sans la jouer, faites un grand travail calmement dans la concentration comme le faisait Gieseking, qui était capable d'apprendre un concerto avec la partition, sans piano, en une journée. Mais tout le monde n'étant pas Gieseking, moi en particulier! Je m'astreints à apprendre par coeur tout de suite lorsque je travaille une oeuvre nouvelle. Ce que l'on peut dans une journée, quelques mesures ou quelques lignes ou quelques pages. Le lendemain ou le jour où vous retravaillez, essayez tout de suite de voir ce qu'il reste de ce travail de la veille. Et s'il faut tout refaire, n'hésitez pas, mais peut être que seulement quelques endroits nécessiteront une "deuxième couche", et ainsi de suite…
<Un Abonné> Vous voulez dire apprendre la partition avant de commencer à jouer ?
<ROUVIER> Pas forcément l'apprendre mais avoir une idée assez claire
<Un Abonné> La finalité est-elle de posséder les morceaux au point de les jouer de mémoire ?
<ROUVIER> Non, il faut chercher à être à l'aise pour son expression
<Un Abonné> question sur le regard qui navigue des mains à la partition. Doit-on chercher à oublier le clavier et à se concentrer sur les portées ?
<ROUVIER> Je pense qu'il faut chercher à oublier le clavier et les portées! Le fait de regarder la partition peut être une barrière entre la musique et vous, ou le contraire…
<Un Abonné> L'analyse du morceau peut-elle aussi aider à le mémoriser? Dans ce cas, avez-vous quelques conseils à donner, des livres à conseiller?
<ROUVIER> Bien sur que l'analyse peut aider à mémoriser une œuvre. On peut toujours se faire un plan harmonique du morceau, savoir par exemple quelles sont les tonalités, les modulations etc…
<Un Abonné> Il y a quand même des oeuvres + faciles que d'autres à mémoriser. J'ai beaucoup de difficultés à jouer des suites d'accords qui ne représentent pas une mélodie précise
<ROUVIER> Dans ce cas là, le système D. Les mnémotechniques qui se rapprochent de la balistique !
<Un Abonné> Pourquoi certaines personnes ont plus de facilité pour le déchiffrage et d'autre pour mémoriser, c'est lié à quoi?
<ROUVIER> Pour le déchiffrage, certaines personnes peuvent pressentir parfois ce qui va suivre (ce n'est pas de la voyance, c'est lié à une connaissance du style, de l'harmonie). Pour la mémorisation c'est une autre chose, ça peut avoir des résonances qui dépassent le cadre d'une mémorisation musicale. J'ai toujours prétendu que la mémoire est un muscle et qu'il fallait l'exercer souvent
<Un Abonné> L'écoute des enregistrements est une aide efficace, merci PM
<ROUVIER> Oui!
<Un Abonné> J'ai le sentiment que chacun a une facilité variable en fonction de la musique et qu'on apprend mieux un morceau qu'on a vraiment envie de jouer
<ROUVIER> Apriori je suis d'accord
<Un Abonné> Un des auteurs qui m'a attiré au piano est SATIE
<ROUVIER> Ca tend à prouver que vous avez un sens certain de l'humour et de la poésie nostalgique que j'apprécie beaucoup
<Un Abonné> A part son humour (tragique parfois) que j'aime beaucoup, j'ai pensé que certaines pièces qui sont de petits bijoux sont accessibles à un amateur
<ROUVIER> Certainement
<Un Abonné> Ca me ferait d'ailleurs plaisir de le voir abordé dans P.M. (clin d'oeil)
<ROUVIER> Je transmettrai à la rédaction!
<Un Abonné> Merci pour vos conseils, merci de nous consacrer du temps:-)
<ROUVIER> Merci à tous et beaucoup de joie dans la musique. Au revoir!

Discussion en direct avec Jacques Rouvier (Octobre 2003)

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